Laisser en plan celui pour qui vous êtes devenu toute la vie ?

Depuis que je suis enfant, c’est un des sujets qui me révolte le plus, mais surtout je ne comprends pas que les choses ne changent pas, n’évoluent pas… Voilà, sur la porte de l’armoire de ma chambre d’enfant, récupérée ici, ce qu’il y a de collé, depuis je pense 25ans :

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Je ne m’explique pas ce geste.

Le plus grand malheur des « animaux de compagnie » ? c’est que petits, ils sont trooooop miiignoooons !!

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Sérieux, tu craquerais pas pour cette boule de poils aux yeux bleus ? Regarde, il joue avec le petit truc que tu lui lances !! Oh et dans la vitrine là bas, ce chiot il est krooooo booooo !!!

Ouais, peut être, c’est sûr même. Et devant le regard larmoyant de ta fille/ ton fils c’est encore pire ! Allez, c’est si petit, et c’est pas si cher, banco !

Mais. Ton animal va avoir besoin de soins, et une facture de véto peut aller très vite très haut. Tu veux pas débourser pour faire stériliser la minette ? soit. Elle va rester dedans ? Sûr. Mais, non, c’est pas de l’aérophagie qu’elle fait… Et voilààààà, une belle portée de chatons trop nignons ! Personne n’en veut autour de toi, allez, tu vas les relâcher « à la vie sauvage ». Parce que tu penses qu’ils vont survivre ? dans le carton dans le fossé ? c’est cela oui oui oui.

Et ton chaton trop mignon a donc grandit ! En voilà un bon gros matou qui aime particulièrement la rampe d’escalier, tu sais, celle que tu viens de vernir, ou la porte de la belle armoire flambant neuve ! Sérieux, elle lui va trop bien pour faire ses griffes. Je parle même pas des rideaux, ton chat comme les autres, très branché art déco va en faire des lambeaux !!

Et cette litière ? ah le chat c’est bien, faut pas le sortir, mais cette litière, faut la changer, avec ces crottes qui sentent pas la rose, malgré les croquettes de luxe que tu lui donnes (ben oui au prix que ça coûte… Ils pourraient faire des crottes qui sentent pas franchement !!)

Mais tout ça ne te concerne pas, tu as craqué pour un chiot. Dés le départ, tu savais qu’il faudrait le sortir. Matin et soir. Quand il pleut. Aussi quand il neige. Et même quand tu es raide malade couché avec 40 de fièvre, ben il a envie de faire ses besoins ! Non mais une vraie machine à crottes lui aussi !!

Et lui par contre s’est pris d’amour pour tes chaussures, il prend ça pour une belle friandise. Et selon la race, ça peut s’étendre à tout ton mobilier et tes affaires !! Il est fou ce chien !! Et il a vachement grossi ! Il bouffe comme quatre faut dire. Et si en plus tu t’es pas renseigné sur la race avant, et que genre tu as pris un bel husky aux yeux bleus, il dééééborde d’énergie ! Du coup il détruit tout, comme t’as quand même pas le temps d’aller le faire courir TOUS les soirs (faut pas déconner, t’as une vie quoi, et puis y’a la dernière saison de Prison Breaking Dead qui passe ce soir)

Et combien de temps ça vit ce truc dévoreur de mobilier ? Jusqu’à 15 ans ? ça fait à peine un an et tu le supportes déjà plus, il fait que des conneries, sans parler qu’il commence à griffer/mordre. Et il est plus aussi mignon… Même un peu moche depuis qu’il a perdu son poil de bébé…

Et, mais, c’est quoi ça ? il sème des poils de partout !! toi qui vient juste de passer l’aspi, plus qu’à recommencer !!

Et comment tu vas faire pour les vacances ? Personne ne veut garder ton chien (moche) qui détruit tout ! Un chenil ? mais ça coûte un bras ce truc ! Et pas moyen de trouver une réservation où ils acceptent les chiens… Et puis on va se le coltiner MÊME en vacances ? parce qu’à coup sur il va pas être bien de se retrouver par 38° sous le soleil…

SÉRIEUX ! Tout ça, fallait y penser AVANT ! T’as pas acheté le dernier gadget à la mode, ni une peluche pour ta gosse ! Tu sais ce que signifie le mot RESPONSABLE ? Tu es devenu responsable de cet animal le jour où tu as signé le chèque, responsable de son alimentation, de son éducation, de sa vie sexuelle, de ses débordements d’énergie, de sa santé. Tout ça c’est du temps et de l’argent !

Mais si comme je l’espère tu as mûrement réfléchi ton achat, pensé à quelle race te conviendrai, avec ta vie, ton boulot, tes habitudes, tes gosses, tes vacances, alors c’est QUE DU BONHEUR ! Un confident, toujours heureux de te voir (pour le chien, le chat, c’est plus la gamelle pleine qu’il est heureux de voir, mais il te fera, selon ses désirs, des mégas gros câlins avec ronronnements à l’appui !!), un vrai ami, toussa quoi !

Enfin voilà, je ne comprends pas cette société dans laquelle nous vivons qui n’arrive pas à voir ce qui me parait l’évidence. Un animal n’est pas une chose, tu te lies à lui pour la vie lorsque tu le prends avec toi, et il te le rendra mille fois… Mais réfléchis bien, ou si tu as craqué et que tu commences à regretter, merde, assume ! Au moins trouve lui une belle famille, bouge toi les fesses pour lui…

Société de consommation, perte du sens des réalités, crise qui exacerbe tout ça, je ne sais pas trop, mais si une seule personne ayant lu mon texte ne fait pas l’erreur, si je l’ai amené à réfléchir, et bien je n’aurai pas perdu mon temps !

Enfin, pour finir, je vous rappelle la chanson de mon ami Ornicar qu’il avait écrit lorsque je lui avais soufflé l’idée

et ce texte… Âmes sensibles, dur à lire jusqu’au bout sans pleurer…

 » Comment t’as pu? « 
Copyright Jim Willis 2001
[Translated from the original English by Eleri Jones, France]

Quand j’étais un petit chiot je t’amusais avec mes gambades et je te faisais rire. Tu m’appelais ton enfant, et ceci malgré plusieurs chaussures grignotées, sans oublier quelques coussins déchiquetés. Je suis vite devenue ta meilleure amie. Chaque fois que je faisais une bêtise, tu agitais ton doigt en me demandant ‘Comment t’as pu’? – mais tu me pardonnais vite et tu me faisais de gros câlins.

J’ai mis un peu plus de temps que prévu avant de devenir propre parce que tu étais très occupé, mais nous y sommes arrivés à la fin. Je me souviens de ces nuits tout près de toi, dans ton lit où j’écoutais tes confidences et tes rêves les plus secrets, et je croyais que la vie ne pourrait pas être meilleure. Nous avons fait de longues balades et des jeux dans le bois, des balades en voiture, des pauses pour manger une glace (je n’avais droit qu’au biscuit parce que la glace est mauvaise pour les chiens – ce que tu disais) et je faisais de longs sommes au soleil en attendant que tu rentres le soir.

Peu à peu tu as commencé à passer plus de temps au bureau, et plus de temps à chercher une compagne. J’étais patiente, je t’attendais sagement à la maison, je t’ai réconforté après les déceptions, quand tu avais le cur brisé, je ne t’ai jamais grondé quand tu prenais la mauvaise décision, et je te faisais une de ces fêtes quand tu rentrais! et aussi quand tu es tombé amoureux.

Elle, maintenant, ta femme, n’aime pas les chiens – malgré ça je l’ai accueillie dans notre maison, j’ai essayé d’être gentille avec elle et de lui obéir. J’étais heureuse parce que tu étais heureux. Et puis les bébés sont arrivés et j’ai partagé ta joie. Ils me fascinaient – tout roses, avec leur odeur particulière, et je voulais aussi être leur maman . Seulement, Elle et toi aviez peur que je leur fasse du mal, et la plupart du temps, j’étais punie et renvoyée dans une autre pièce, ou dans ma niche. Ah! comme j’aurais voulu les aimer, mais je suis devenue une prisonnière de l’amour.

Quand ils ont commencé à grandir, je suis devenue leur amie. Ils s’accrochaient à ma fourrure et se servaient de moi pour se mettre debout sur leur petites jambes instables, ils mettaient leurs doigts dans mes yeux, ils faisaient des recherches approfondies dans mes oreilles, et m’embrassaient sur le museau. J’adorais tout d’eux, quand ils me touchaient – parce qu’à ce moment là, c’etait rare que toi tu me touches – et je les aurais défendus avec ma vie en cas de nécessité.

Je rentrais en cachette dans leur lit et je partageais leurs soucis et leur rêves secrets; ensemble nous attendions l’arrivée de ta voiture. Autrefois, quand les gens te demandaient si tu avais un chien, tu sortais de ton portefeuille une photo de moi et tu racontais mes exploits. Ces dernières années tu répondais seulement ‘oui’ et tu détournais la conversation. Je n’étais plus ton chien, j’étais devenu ‘un’ chien, et tu commençais à regretter l’argent dépensé pour mon compte.

Maintenant, tu as l’occasion de faire avancer ta carrière dans une autre ville, et toi et eux vous allez habiter un appartement où les chiens ne sont pas admis. Tu as pris la bonne décision pour ta famille, mais il y avait une époque où c’était moi ta seule famille.
J’étais heureuse quand tu m’as mise dans la voiture, jusqu’au moment où nous sommes arrivés au refuge. Ca sentait les chiens et les chats, la peur, le désespoir. Tu as rempli les papiers et tu as dit que tu étais sûr qu’ils allaient me trouver une bonne maison. Elles ont haussé les épaules et t’ont regardé tristement. Eux, elles connaissent la triste vérité: les difficultés de placer un chien qui n’est plus tout jeune, même un chien avec des papiers en règle. Tu as été obligé d’arracher les doigts de ton fils qui restaient accrochés à mon collier, pendant qu’il hurlait ‘Non, papa, s’il te plaît, ne les laisse pas prendre mon chien’! Et je me suis inquieté pour lui, de la leçon que tu venais de lui donner sur l’amitié et la loyauté, l’amour et les responsabilités, le respect de la vie, de toutes les vies. Tu m’as tapoté gentiment la tête, en guise d’adieu, en évitant bien de me regarder dans les yeux et tu as refusé de prendre mon collier et ma laisse. Tu étais en retard – un rendez vous – maintenant, moi aussi j’en ai un.

Quand tu es parti, deux gentilles dames ont dit que tu savais sûrement, il y a quelques mois déjà, que tu allais déménager, mais que tu n’as pas cherché à me trouver une autre famille. Elles ont secoué la tête et se sont demandé ‘Comment t’as pu?’

Elles nous traitent aussi bien que possible, ici au refuge, compte tenu de tout le travail qu’elles ont. Elles nous nourrissent, bien sûr, mais depuis quelques jours, je n’ai plus faim. Au début, dès que quelqu’un passait devant ma cage je levais la tête, dans l’espoir de te voir – pensant que tu aurais changé d’avis – que c’était un mauvais rêve – ou j’espérais que ce serait quelqu’un qui m’aimerait, qui prendrait soin de moi, me sauverait. Quand j’ai réalisé que je ne pouvais pas rivaliser avec ces jeunes chiens tout heureux, qui s’en foutaient de leur destin, je me suis retirée au fond de ma cage et j’ai attendu.

J’ai entendu ses pas quand elle est venue me chercher à la fin de la journée, et je l’ai suivie docilement dans une autre pièce. Une pièce tranquille, silencieuse. Elle m’a mise sur la table et elle m’a frotté les oreilles, elle m’a rassuré, elle m’a dit de ne pas m’inquieter. Mon cur battait à tout va en pensant à ce qui allait venir, mais j’avais aussi un sentiment de soulagement. La prisonnière de l’amour n’avait plus de jours devant elle. Telle est ma nature, je me faisais plus de soucis pour cette femme. La charge qui pèse sur elle est lourde, ça je le sais, comme je devinais autrefois chacune de tes humeurs.

Doucement, elle a mis le tourniquet autour de ma patte, une larme coulait sur sa joue. J’ai léché sa main, tout comme je te réconfortais, il y a tant d’années de ça. Elle a mis l’aiguille dans ma veine, en professionnelle. Quand j’ai ressenti la piqûre et le liquide froid qui gagnait mon corps, je me suis allongée, je lui ai regardée dans les yeux, si gentils, et j’ai chuchoté ‘Comment t’as pu?’

Peut être parce qu’elle comprenait le langage des chiens, elle m’a dit: ‘je suis vraiment désolée’. Elle m’a câliné et elle m’a vite expliqué que c’était son devoir de s’assurer que j’allais dans un endroit meilleur, où je ne serais ni ignorée, ni abusée, ni abandonnée, où je devrais me défendre toute seule – un endroit où il y a de la lumière, de l’amour, tout à fait différent de notre terre. Dans mon dernier souffle j’ai essayé, en remuant ma queue, de lui faire comprendre ceci: je ne voulais pas lui dire à elle ‘Comment t’as pu?’ C’est à toi, mon Maître adoré, que je pensais. Je penserai à toi et je t’attendrai toujours.
Que tout le monde dans ton entourage continue à t’être fidèle.
Fin …

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