Alors, je ne vais pas vous dire tout ce qui s’est passé lors de ce projet, le site est là pour ça, je vais plutôt vous donner mon ressenti de l’aventure, 9mois après le retour de Mickaël en France.

Pourquoi j’ai mis si longtemps avant d’avoir envie de coucher cela sur le papier (euh, l’écran ?), sans aucun doute la fin brutale du projet qui nous a tous soufflés. J’ai même tapé 2008-2011 par erreur dans le titre de ce billet. Bref, on ne va pas revenir là dessus.

 

La première chose, c’est que j’avais fait une erreur dans l’énoncé du projet.

« Mickaël est parti observer les loups au Canada ».

On s’imagine le photographe avec un objectif d’1m de long, planqué dans un buisson, qui ramène 4 Tera-octets de photos de loups sous toutes les coutures, ben c’est pas vraiment le cas.

Non, déjà pour une question de budget, on (=l’association peupleloup qui ne vit que des dons) n’avait pas les moyens de l’envoyer sur le terrain avec ce genre de matériel. Le budget est d’ailleurs encore et toujours le point sensible. Autant Mike vit avec peu de choses (je pense que dans Pékin Express, il veut tous les atomiser niveau budget), autant il y a des parties indispensables, comme l’alimentation électrique, et là il faut bien le dire, le panneau solaire, qu’on pensait vraiment idéal pour les conditions de l’aventure, n’a jamais ne serait-ce que permis de faire un chat avec les enfants… Recharger quelques batteries à la rigueur, grosse déception que ce point. Donc il s’est rabattu sur une génératrice, mais celle là, il faut bien la nourrir, et comme chacun sait, ça fait vite cher, l’essence, surtout quand un ours taquin s’amuse à percer les bidons pleins… On comprend alors pourquoi il faisait des passages réguliers à la pourvoirie de Nouchimi, déjà faire le plein de provisions, ensuite, avoir un peu d’électricité.

Ensuite, ce n’était pas vraiment le but de Mickaël, non, il voulait « devenir une partie du décor » pour les loups, histoire qu’ils fassent leur vie sans se préoccuper de lui. Alors il s’est mis à sillonner la zone en long, en large, en travers, histoire que son odeur traine bien de partout et que les loups s’y habituent doucement. Il n’est pas parti vivre « avec » les loups, mais « chez » les loups, un coloc quoi !

Et cela a fonctionné avec les louveteaux : l’observation magique qu’il a pu en faire sur le bord de la route le prouve bien : il faisait partie du décor, et ne les dérangeait absolument pas pour faire leur sieste !

D’ailleurs, en observant son récit, on voit une nette différence entre les animaux jeunes et les adultes. Ceux qui sont venus près de lui, ce sont les jeunes. Les oursons Nesquick et Ben, les louveteaux sur la route… Les adultes au contraire ont éloigné les louveteaux de l’endroit où il les observait. Même si Mike fait partie du décor, ça reste un homme, et un homme, souvent, ça a un fusil…

Et Mickaël a fait quelques erreurs bien humaines, qui ont conduit les oursons à se rapprocher dangereusement du camp. A chaque fois, il le souligne bien, c’est lui qui a fait une erreur, non pas les oursons qui ont un comportement « déviant », comme on entend dire parfois… A chaque fois, il est question de nourriture. Trop d’entreposée, ou nettoyage des déchets mal fait, les deux oursons se sont rapprochés de lui pour cette raison : de la nourriture facile à avoir. L’ourson, qui n’a pas (encore) peur de l’homme, mais qui a déjà la taille et la stature d’un adulte, est allé au plus court… Pensez-y quand vous entendrez parler de problèmes avec la faune, demandez vous qui a fait une erreur…

 

L’aventure humaine

Oui, le projet s’appelle Rencontre avec le peuple loup, mais en fait, ce qui m’a tenue en haleine tout le long du projet, c’est l’aventure de Mike, les loups en fait, c’était la cerise sur le gateau, mais le gateau, c’était ça :

tarp

Mickaël vit par des températures atteignant -50°C sous une bâche quand il part en vadrouille… (ouais parce qu’on peut bien l’appeler tarp pour faire bien, ça reste un bout de bâche ^^ ). Il s’est gelé les doigts en allumant son feu, a été gêné dans sa progression par l’épaisse couche de neige, et même avec des raquettes, on ne fait pas ce qu’on veut… Je regardais l’autre jour un truc à la télé, une reconstitution de gars qui s’étaient écrasés en avion sur une montagne très enneigée, et le seul qui n’était pas blessé part chercher de l’aide. Il finit par marcher dans le lit d’une rivière pour accélérer sa progression. J’ai pensé à Mike et toute la difficulté qu’on peut avoir à progresser dans la neige m’a encore plus sauté aux yeux. Je le sais pourtant, c’est pas comme si j’avais jamais fait de balade dans la neige, mais j’évitais les endroits où la neige s’accumulait, même en raquettes, privilégiant les chemins. Mais en Baie James, à part la trans-taïga, y’a pas de chemin !

J’avoue m’être inquiétée quelques fois, une surtout, il devait partir pour 4-5 jours de vadrouille, plus d’une semaine plus tard, pas de news. Je sais pas pourquoi, je me suis paniquée toute seule, j’ai imaginé qu’il était tombé, qu’il s’était cassé une jambe, et que personne ne s’en souciait. Autant quand il nous disait « je reviens dans 10jours », je ne m’affolais pas, mais là, un jour, deux, trois, ça commence à faire du retard. Et dans son dernier billet, il a insisté sur un point, l’humidité ambiante qui rendait les troncs d’arbres couchés glissants, et qu’il devait prendre garde à ne pas tomber… En fait, de retour au camp, la génératrice n’avait jamais voulu entendre raison, et donc, il n’avait pas pu se connecter… Mais bon, je suis d’un naturel anxieux, on se refait pas…

 

La magie

Mike a un truc pour rendre un peu magique certaines choses, ce fut le cas pour moi pour la vadrouille vers le lac Corvette..

corvette

En fait, j’ai vraiment ressenti ce qu’il voulait dire en décrivant ce lac, ce besoin, cette baignade revigorante. Un peu new-age selon certains, moi ce côté du récit de Mickaël m’a vraiment accrochée, je ne saurai expliquer mieux…

Et la magie des rencontres avec les louveteaux aussi : ils sont à quelques mètres, on bien calculé que Mike les observait, mais alors, fait ce qu’il te plait mon pote !

Simplement la magie de sa vie de tous les jours…

camp de base

Voilà, j’ai vibré au rythme de ses billets pendant deux ans, les dévorants à peine publiés, et franchement, ça me fait bien rire quand je vois certains se passionner pour des trucs  de « télé-réalité », on ne peut plus bidouillés et scénarisés. Non, moi j’étais dans une histoire passionnante, qui se passait sur un autre écran, mais tellement plus riche et vraie, avec un réel échange.

 

Aujourd’hui, Mickaël parcourt la France pour partager, encore et toujours, cette aventure… Je vous rappelle qu’il vit toujours des dons faits à l’association, et qu’en France, l’essence coute encore plus cher… Mais peu importe les bâtons qu’on lui mettra dans les roues, il ira toujours raconter son histoire, surtout aux enfants avec les yeux qui brillent d’étoiles…

4 commentaires sur “Baie James 2008-2010

  1. Merci beaucoup pour ton article 🙂 Il met bien en valeur ce qui s’est passé et la démarche « passive » des observations, que j’essaie de transmettre avec les conférences. J’ai relu avec une émotion certaine la vadrouille vers le corvette et la sensation que j’ai eu à sa rencontre est remontée comme si je j’avais revu hier. Mon regret aura été de ne pouvoir en faire plus des sorties de ce genre, ce sont elles qui m’ont apportées le plus. Même comme tu l’as bien écris, les soucis techniques permanents ne m’ont pas permis de faire suffisamment de terrain (et ont en plus détourné pas mal de l’état d’esprit qui permet de les réaliser et de les vivre).

    Bisous à toi, merci encore pour l’article et surtout pour ton soutien durant toutes ces années de projet. Savoir que mon retour était attendu et que les carnets allaient être lu par toi et les quelques autres qui suivait le projet en live m’a motivé pour les rédiger ces carnets !

    1. on avance qu’en faisant des erreurs pour ce qui est du terrain, la prochaine fois, on saura 😉
      avec plaisir pour le reste, tu le sais
      bisous !

  2. Magie ! c’est le mot qui m’est venu de suite à l’esprit dès que j’ai commencé à lire ton billet.
    C’est magique, oui, carrément, et tellement différent de ce qu’on nous inflige sur l’autre petit écran.
    Et puis en te lisant, on ressent vraiment bien ce que tu as perçu presque en direct de l’aventure de Mickaël. D’ailleurs, toi aussi tu parles bien de magie.
    C’est joliment raconté, et ça résume bien, sans aucun doute, la réalité de ce projet.
    Merci à toi pour ce témoignage. Merci également à Mickaël qui sait faire briller les yeux des enfants en leur racontant une histoire vraie, parce que vécue. Ma belle-sœur, instit à Nancy, a eu la chance de le recevoir dans sa classe : les enfants étaient émerveillés.
    Les photos sont… magiques, tout simplement.
    Des bisous.

    1. ^^ j’écris souvent avec mes tripes, des fois c’est un peu maladroit, d’autres on ressent bien ce que je voulais 🙂

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